DECLIN ECONOMIQUE DE LA FRANCE: COMMENT EN SORTIR ?
Du libéralisme politique au libéralisme économique

On ne compte plus les ouvrages qui constatent et se lamentent du déclin économique de
la France, et notamment de sa désindustrialisation. Pour l’expliquer, ils font généralement
valoir toute une série d’obstacles à sa compétitivité: La France est championne du
monde des prélèvements obligatoires, les charges sociales sont trop lourdes pour les
entreprises, le nombre des fonctionnaires est trop important, leur activité limitée aux
alentours de 32 heures par semaine est anormale, de multiples agences de l’Etat ont une
utilité discutable, le coût de l’immigration…etc.. Les recommandations ne sont pas moins
nombreuses: Il faut augmenter les investissements, les dépenses d’éducation, de
formation, de recherche, amener l’Etat à une gestion plus rigoureuse des deniers publics
et de ses effectifs pléthoriques, inciter au travail sans nuire aux exigences sociales…Tout
cela est certain, mais il s’agit là très vraisemblablement de causes secondes, pour être
elles même les effets des deux causes premières dénoncées par le premier article de ce
blog, à savoir:
-Le maintien depuis 50 ans d’un type d’une politique fondée sur la surévaluation de la
monnaie nationale et la déflation salariale remise à l’honneur par V.Giscard d’Estaing et
R.Barre au nom de la lutte contre l’inflation; Partout où elle avait été appliqué entre les
deux guerres mondiales, notamment en Grande Bretagne en 1925, et en France en 1935,
ses résultats avaient été catastrophiques.
-L’imposture conférant au marché unique européen et à la mondialisation la légitimité du
libéralisme économique. L’ultra-libéralisme n’est en effet que le mercantilisme ou guerre
économique, ainsi renommé pour duper ses victimes. C’est ainsi que l’Allemagne
-comme la Chine- a pu imposer une stratégie de développement par les exportations et
parvenir, par ses excédents commerciaux permanents, à dé-industrialiser des
« partenaires » trop naïfs comme la France.
Si ces causes premières sont avérées, retrouver les conditions de la prospérité en France
exigerait le retour d’une industrie disparue. Le recours à la théorie économique de la
spécialisation des nations et de leurs courants d’échange semble naturel, mais en son
état actuel elle n’est guère en mesure de guider la politique de l’Etat et la stratégie des
entreprises. Néanmoins ses insuffisances sont parfaitement surmontables à la condition
de lever au préalable l’ambiguïté ignorée et pourtant fondamentale du libéralisme.

 

1°-Du libéralisme politique au libéralisme économique
A- Dilemmes et ambiguïtés sémantiques à surmonter.
a- Dans sa préparation du budget 2025, le gouvernement Barnier a semblé incapable de
surmonter les remontrances que lui opposait de façon quasi unanime l’assemblée
nationale. Peut-être étaient-elles peu pertinentes. Par exemple:
« Il faut redresser les finances publiques en limitant les dépenses et non en augmentant
les recettes »
L’effet premier d’une réduction des dépenses pourrait être d’ affaiblir de façon générale et
non ciblée les revenus, ce qui s’opposerait frontalement à une exigence populaire et au

soutien d’une activité actuellement fondée sur la consommation. Les économies réalisées
ne seraient donc justifiables que si elles étaient affectées à des investissements
productifs, ce qui serait plus satisfaisant, mais n’aiderait guère a-priori, à la réduction du
déficit public.
« Il faut abaisser les charges des entreprises »:
Au delà des salaires jugés trop élevés, on considère que les charges sociales qui pèsent
sur les entreprises sont de nature à les asphyxier financièrement. Mais ne s’agit-il pas
d’une illusion d’optique ? Est-ce le plancher des charges qui est trop élevé, ou le plafond
de la valeur ajoutée des entreprises qui s’est affaissé faute de compétitivité ? (1 )
Une réponse erronée pourrait conduire à l’opposé du résultat recherché: Imaginons en
effet que l’on parvienne à réduire les prestations sociales et les indemnités de chômage.
Là encore, le pouvoir d’achat et la demande seraient réduits d’autant, et les entreprises
seraient contraintes de réduire leur offre, de licencier davantage, voire condamnées à
disparaître. Au delà des troubles sociaux insupportables que vaudrait une telle politique,
le refus de l’Etat d’intervenir en ce sens manifeste peut-être qu’il en a conscience, mais il
en reste là, alors qu’il lui faudrait imaginer une alternative.
« Travailler plus », oui mais peut-on le décréter ?
La loi sur les 35 heures est largement tenue pour responsable de l’insuffisance du travail
en France; Mais l’emploi est-il flexible, et suffit-il de décréter une durée du travail
supérieure pour l’augmenter? On pouvait croire cette question définitivement réglée par
l’explication keynésienne du chômage involontaire, auquel se heurtent des millions de
chômeurs en quête d’un emploi rémunérateur ( 2). Alors l’idée d’un partage du travail
disponible par une réduction de sa durée pouvait être pertinente, même si la poursuite
d’une politique de plein emploi l‘eut été bien davantage. Mais non… Cette idée classique
du chômage volontaire persiste, et M.Macron peut affirmer qu’il suffit de « traverser la
rue » et d’accepter le salaire proposé pour trouver un emploi !
Les mesures généralement proposées pour surmonter les difficultés de la France
procèdent de l’idée classique que l’emploi détermine la production. Mais si comme le
soutien Keynes c’est le contraire, alors une réduction des dépenses publiques ne
manquerait pas d’avoir un effet négatif sur les revenus et la demande, et donc sur la
production et l’emploi. L’idée s’imposerait alors que le déséquilibre budgétaire et
l’endettement sont jugés politiquement nécessaires au maintien du niveau de vie.
b- Une théorie est le résultat d’une réflexion scientifique pour tenter d’apporter une
explication plausible, quoique provisoire, à des faits observés a priori incompréhensibles,
et souvent dommageables: Par exemple en économie, le chômage, l’alternance de
cycles, la formation des prix, l’interêt ou les limites de la concurrence; En météorologie,
les cyclones, etc…La théorie devient normative lorsqu’elle indique les conditions d’une
situation meilleure, voire optimale.
Une doctrine exprime une préférence a-priori; En concurrence pour assurer le bien-être
1- Question déjà posée dans l’article de Juin 1983: La France en voie de sous-développement; Revue Clé université de
Lille.
2- J.M.Keynes: Théorie Générale de l’emploi et de la monnaie 1936. Traduit par Jean de Largentaye en 2018

 

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